TL;DR Mon dernier billet de domotique date d'avril 2016 : un capteur de luminosité sur un ESP8266, remontée dans Jeedom. Dix ans plus tard la maison compte 87 appareils sur neuf écosystèmes, 929 entités et 75 automatisations. Ce billet ouvre une série sur ce que l'IA change en domotique, vu depuis une installation réelle. Il pose l'inventaire, raconte comment on en arrive là un week-end à la fois, et mesure ce qui a bougé depuis que je travaille avec un agent. Deux exemples portent la différence. Deux enceintes Sonos livrées un mercredi, intégrées et câblées à treize annonces de routine le lendemain. Et un visiophone dont l'appel ne sortait par aucune intégration, récupéré via un pont maison de 225 lignes.


Dix ans plus tard, on va reparler de domotique ici.

Le dernier billet sur le sujet date d'avril 2016. Un capteur de luminosité sur ESP8266, remonté dans Jeedom. Entre-temps il y a eu une maison de 1970, et une installation qui a grossi sans que j'en écrive une ligne.

Cette fois, le sujet n'est pas le montage. C'est ce que l'IA change dans ce domaine, vu depuis un cas précis, le mien. Pas un pilote d'entreprise, pas une démonstration de salon. Une maison de famille et dix ans d'habitudes de bricoleur.

L'époque du fer à souder

Le premier billet domotique de ce blog date de février 2014 : piloter des prises Chacon depuis un Raspberry Pi. Ensuite un Ambilight en WS2801, puis un second en WS2812b piloté par un Teensy. En 2016, six billets d'affilée sur l'ESP8266 — le flashage, la communication sans fil, un afficheur I2C, une sonde de température, un capteur de luminosité, et un distributeur de croquettes.

Tout passait par Jeedom. Chaque capteur était une carte à souder, un firmware à compiler, un script à écrire. Un montage occupait un week-end entier, et je documentais le week-end suivant.

Puis la maison a changé. Achat en 2019, rénovation d'une pièce par an jusqu'en 2025, et un déménagement de l'installation vers Home Assistant quelque part au milieu. Le matériel a suivi les travaux plutôt que l'inverse. Un module de volet quand la chambre a été refaite, une prise pilotée quand le salon a été ouvert, des thermomètres quand j'ai voulu comprendre pourquoi le bureau était invivable en août.

Cette méthode a une signature reconnaissable. L'installation avance par à-coups, au rythme des travaux, et elle traîne derrière elle une liste de choses à faire « quand j'aurai le temps ». Cette liste, je l'ai toujours.

Ce qu'il y a dans la maison aujourd'hui

Le relevé brut du registre d'appareils, ce matin.

87 APPAREILS · RELEVÉ DU 20/09/2026 Neuf écosystèmes, un seul toit. Zigbee · 35 Ponts/services · 13 Matter · 9 Yeelight · 8 87 appareils Shelly (HTTP local) · 6 Téléphones (Companion) · 5 eWeLink (cloud Sonoff) · 3 Caméras (Protect, ONVIF) · 3 Sonos (SSDP) · 2 HomeKit (HAP) · 2 Broadlink (IR / 433 MHz) · 1 Relevé réel du registre, pas une cible d'architecture. Matter, en couleur, ne pilote que 9 appareils sur 87.

Derrière ces appareils : 929 entités, 75 automatisations, 43 intégrations, 14 pièces déclarées. Le cœur du parc est en Zigbee. Le reste est une longue traîne qui ne disparaîtra pas : un pont Somfy qui ne parle que HomeKit, huit ampoules Wi-Fi d'un constructeur chinois, une télécommande infrarouge pour la porte de l'atelier, des caméras en ONVIF, un compteur triphasé Shelly, un moteur de synthèse vocale en conteneur.

Il faut dire aussi ce qui ne marche pas, sinon l'inventaire est de la publicité. 250 entités sur 929 sont actuellement indisponibles ou inconnues. La majorité est normale. Les ampoules Wi-Fi sont coupées à l'interrupteur mural, et certains appareils sont saisonniers. Le reste est une dette que je n'avais jamais mise par écrit : des doublons d'anciens appairages, des capteurs à pile vides, un volet que le pont Somfy a perdu en août.

Une installation domotique de dix ans n'est pas un système. C'est une sédimentation.

Ce qui a changé, et de combien

Home Assistant horodate les automatisations créées depuis son interface. Leur identifiant est un temps Unix. 42 des 75 en portent un. Les 33 autres viennent de fichiers YAML et ne sont pas datables de cette façon.

AUTOMATISATIONS · IDENTIFIANTS HORODATÉS Le même compte, en plus dense. Février 2024 → août 2025 · 18 mois · 20 automatisations Septembre 2026 · 1 mois · 22 automatisations 42 des 75 automatisations portent un identifiant horodaté ; les autres viennent de fichiers YAML.

Le rapport est de vingt contre un. Il faut le lire pour ce qu'il est : une mesure du rythme de création, pas de la valeur créée. Vingt-deux automatisations en un mois, ce n'est pas vingt fois mieux qu'une par mois. C'est surtout la preuve qu'un lot de sujets attendait depuis longtemps et qu'ils sont passés d'un coup.

Ce qui suit est plus parlant que la courbe.

Deux enceintes, un mercredi

Deux Sonos Era 100 livrées le 16 septembre. Le lendemain elles étaient dans Home Assistant, nommées par pièce, rattachées au salon et à la chambre, et branchées sur treize annonces de routine.

Ce n'est pas du plug and play, et c'est là que se joue la différence. L'intégration Sonos ne découvre rien par elle-même. Elle s'abonne au composant SSDP, qui balaie le réseau toutes les dix minutes. Entre la création de l'entrée et la première entité, il ne se passe rien. Seul, j'aurais passé la soirée à soupçonner le multicast, puis j'aurais basculé sur une configuration manuelle par adresse IP — la mauvaise réponse à un problème qui n'existait pas.

Ce n'est pas moi qui l'ai trouvé. L'agent est allé lire le code de l'intégration, a constaté qu'elle se contentait de s'abonner, et a conclu qu'il fallait attendre le prochain balayage. Le diagnostic a pris le temps de poser la question.

Le même chantier a buté sur trois autres détails du même genre. La langue de la synthèse vocale doit être fr_FR et pas fr, sans quoi le serveur renvoie une erreur 500. Une annonce sur une Sonos récente passe par une interface séparée, et l'état de l'enceinte ne bouge donc pas pendant qu'elle parle — j'ai cru trois fois que rien ne partait. Et le script d'annonce, écrit avant l'achat, visait des identifiants devinés qui n'ont jamais existé ; un filtre le rendait silencieusement inoffensif au lieu de lever une erreur.

Aucun de ces points n'est difficile. Chacun coûte une soirée quand on le découvre seul, et il y en avait quatre dans le même chantier.

Un visiophone qui ne parlait à personne

La platine de rue du portail est une Dahua VTO2202F. Elle a une caméra, un micro, un bouton d'appel, et une intégration ONVIF qui remonte l'image. L'appui sur le bouton, lui, ne sort par aucune intégration. L'ONVIF ne le voit pas.

L'événement existe pourtant. Il circule dans un flux propriétaire de la platine, eventManager.cgi?action=attach, qu'il faut maintenir ouvert et décoder soi-même. Le résultat est un pont de 225 lignes de Python, dans son propre conteneur, qui s'authentifie sur la platine, écoute ce flux, republie sur MQTT et s'annonce en découverte automatique auprès de Home Assistant.

Ce que ça donne côté maison : quand quelqu'un sonne, les deux téléphones reçoivent une notification prioritaire avec la vue de la platine, un bouton « Ouvrir » et un bouton « Voir ». Appuyer sur « Ouvrir » déclenche l'ouverture. En parallèle, les Sonos annoncent l'appel dans le salon.

Entre « la sonnette ne remonte nulle part » et le pont en service, il s'est passé une soirée. L'agent a identifié le flux dans la documentation du constructeur, écrit le pont, câblé la découverte automatique et traité les cas d'erreur. J'ai fourni les identifiants de la platine et validé le résultat.

Ce pont contient un garde-fou dont je suis content. Si la platine oublie d'envoyer la fin d'appel, un délai de deux minutes remet le capteur à zéro. Sans lui, un appel manqué laisserait la maison en « quelqu'un sonne » indéfiniment.

Je n'aurais jamais écrit ce pont. Pas parce que c'est difficile, mais parce que je n'aurais jamais commencé à lire la documentation d'un flux propriétaire pour une sonnette.

Ce que ça n'a pas changé

Le matériel reste du matériel. Un module Zigbee qui perd son réseau se répare en coupant le disjoncteur, et il m'a fallu trois tentatives pour trouver le bon. Un accessoire Somfy perdu par sa box se ré-appaire avec la télécommande, debout dans la chambre. Une ampoule qui a oublié son Wi-Fi veut cinq coupures secteur rapides.

Le jugement reste aussi du côté humain, et pas seulement pour les décisions techniques. La coupure de télévision de 19 h 30 n'est pas une optimisation de consommation. C'est un repère de fin de journée pour un enfant.

Enfin, l'installation ne s'est pas simplifiée. Elle a gagné des intégrations, des conteneurs et des dépendances. Un parc qui grossit plus vite reste un parc qui grossit, et la série suivante de billets parlera surtout de ce que ça coûte.

La suite

Cette série suit un plan simple : un épisode par couche du problème.

  1. Cet épisode — l'inventaire, dix ans d'empilement, et la mesure de ce qui a changé.
  2. Le prix d'essayer — pourquoi le gain se mesure sur les chantiers qu'on ne commençait pas, pas sur ceux qu'on faisait déjà.
  3. Le rythme de la journée — portail, télévision, volets et calendrier scolaire officiel : la maison porte le cadre, et le calendrier a changé trois fois en une semaine.
  4. La maison qui parle — concevoir treize annonces vocales pour des enfants, ce qui est un problème de rédaction avant d'être un problème technique.
  5. Le thermique d'une maison de 1970 — six volets qui décident seuls, le cadastre, et le bureau à 29 °C en pleine nuit.

Ce que j'en retiens

  • Chaque couche a été posée pour une bonne raison. Aucune ne l'a été en pensant aux suivantes.
  • Le parc hétérogène est la norme, pas l'accident. Neuf écosystèmes chez un bricoleur qui choisit au cas par cas, c'est le résultat attendu, et aucun standard ne l'a réduit.

Le prochain épisode part de la question que celui-ci laisse ouverte : si la compétence n'était pas le frein, qu'est-ce qui l'était.