TL;DR Ma maison est passée d'un mode « canicule » global à six volets qui décident chacun pour soi, à partir de la température de leur pièce et de la position du soleil sur leur façade. Le modèle vient du cadastre croisé avec trente jours de corrélation entre température et azimut solaire. Il m'a donné des orientations que la seule courbe de température ne pouvait pas donner, et un masque d'horizon que j'ignorais. Mais son résultat le plus utile n'est pas un réglage de volet. C'est d'avoir montré que mon bureau est à 29 °C à trois heures du matin, trois degrés au-dessus du salon, et que le soleil n'y est pour rien : c'est une baie informatique qui dissipe 331 W en continu. Le même piège m'attendait sur le tableau électrique.


Trois heures du matin, mi-août. Le bureau est à 29 °C. Il n'y a pas eu de soleil depuis neuf heures. J'ai passé une partie de l'été à construire un modèle solaire de ma maison pour piloter six volets. Ce modèle m'a surtout appris que sur la pièce qui me gênait le plus, les volets ne servaient à rien.

D'un mode global à six décisions séparées

La première version était un interrupteur « canicule ». Quand je le basculais, une règle unique s'appliquait à toute la maison : fermer si dehors est plus chaud que dedans.

Elle avait le défaut de sa simplicité. Une maison n'a pas une température, elle en a autant que de pièces, et chaque pièce reçoit le soleil à une heure différente. La moyenne de la maison masquait tout.

Dans la nouvelle version, chaque volet a sa propre cible de position, calculée à partir de deux choses : la température de sa pièce, et un capteur qui dit si le soleil frappe sa façade en ce moment.

Ce second capteur est la partie intéressante. Il compare l'azimut du soleil à la normale de la façade, avec un écart signé pour gérer le passage par le nord, et il est vrai tant que l'écart reste sous soixante-cinq degrés.

CINQ FAÇADES · UNE JOURNÉE D'AOÛT Chaque façade a son créneau. 6 h 9 h 12 h 15 h 18 h 21 h Bureau, chambre — ENE 8 h 15 – 12 h 00 Chambre d'enfant — ESE 7 h 00 – 13 h 30 Parentale — SSE 7 h 30 – 14 h 45 Pignon — SSO 10 h 00 – 17 h 00 Cellier — ONO 14 h 00 – 20 h 30 Rayon = façade, du bureau (extérieur) au cellier (intérieur). Longueur d'arc = fenêtre réelle, azimut et hauteur croisés.

Le pignon sud-sud-ouest est le mieux exposé à l'année, mais c'est le plus petit. Le cellier ne prend le soleil qu'en fin de journée, par sa seule ouverture.

Le cadastre dit ce que la courbe de température ne dit pas

Ma première tentative d'orientation venait uniquement des données. J'avais corrélé trente jours de température de chaque pièce avec l'azimut du soleil, et j'en avais déduit une façade « est » entre 60 et 150 degrés.

Ce calcul, je ne l'aurais jamais lancé à la main. Il a tourné pendant que je cherchais le plan cadastral.

Deux erreurs dans ce seul résultat. La normale réelle de cette façade est à 114 degrés, donc mon intervalle était décentré. Et surtout il ne contenait aucune façade ouest, alors que la maison en a une.

La corrélation sait confirmer qu'une pièce appartient bien à une façade. Elle ne sait pas inventer une façade dont aucune pièce instrumentée ne dépend. Le plan cadastral, lui, donne le faîtage et les quatre orientations en dix minutes.

Les données disent comment se comporte ce que vous mesurez. Elles ne disent rien de ce que vous n'avez pas pensé à mesurer.

Trois corrections sont venues ensuite, et aucune n'était dans le cadastre. La première : mon bureau n'a qu'une seule ouverture, orientée est-nord-est à 67 degrés, et pas sur la grande façade à 114. Le soleil quitte une ouverture est-nord-est vers midi contre une heure et demie plus tard pour l'autre. Rattacher le bureau à la mauvaise façade gardait son volet baissé une heure trente pour rien, tous les jours.

La deuxième : le soleil n'entre par cette fenêtre qu'à partir de quatorze degrés d'élévation, soit environ 8 h 15 début août. Mon seuil initial faisait basculer le capteur à 7 h 26, cinquante minutes trop tôt. L'azimut n'est jamais limitant le matin ; seule la hauteur compte, ce qui trahit un obstacle bâti ou végétal à l'est. Le capteur expose désormais l'azimut et l'élévation en attributs, pour se recalibrer par simple observation.

La troisième est venue de la maison elle-même. J'avais annoncé la chambre parentale orientée sud-sud-est. Le calcul qui en découlait ne laissait entrer le soleil qu'à partir de neuf heures trente, donc le volet restait ouvert toute la matinée — alors que la pièce est en plein soleil bien avant. Normale ramenée à 135 degrés, fenêtre recalculée de sept heures trente à quatorze heures quarante-cinq, cible immédiatement descendue à 55 %.

Ce que le modèle m'a dit de ne pas faire

Le bureau est invivable en août, et je voulais que son volet le protège. Le modèle a répondu autre chose.

1 H – 6 H · MOYENNE SUR 14 JOURS Trois degrés de plus, sans soleil. 26,0 °C Salon 29,0 °C Bureau +3,0 °C La cause n'est pas dehors. C'est une baie informatique qui dissipe 331 W en continu. Moyenne réelle sur 14 jours, entre 1 h et 6 h. Aucun apport solaire sur la période.

La scène de l'introduction est une moyenne. Sur quatorze nuits, entre une heure et six heures, le bureau reste trois degrés au-dessus du salon et deux et demi au-dessus de la cuisine.

La pièce est très isolée. Elle abrite la baie informatique et ses 331 W, jour et nuit, et ne refroidit jamais. Le volet ne peut agir que sur l'apport solaire du matin, par la plus petite ouverture de la maison, pendant un créneau de trois heures quarante-cinq — c'est-à-dire sur la plus petite part du problème.

Le levier est l'évacuation, pas l'occultation. J'aurais passé l'été à régler un barème solaire sur un problème qui n'était pas solaire. Un capteur dédié dit maintenant quand il fait au moins deux degrés de moins dehors que dans le bureau, et une notification propose simplement d'ouvrir. Un ventilateur de plafond a suivi, dont la vitesse se cale sur la température de la pièce de mai à septembre.

J'ai aussi écarté une hypothèse séduisante. Je soupçonnais la pièce voisine, un cellier sans volet, de conduire sa chaleur vers le bureau. Les mesures disent l'inverse : le cellier reste à 25 ou 26 °C. Le gradient va donc du bureau vers le cellier, qui lui sert de puits et non de source.

Le même piège sur le tableau électrique

La maison est en triphasé 9 kVA, avec un compteur par phase. La question que je me posais était simple : sur quelle phase puis-je encore brancher quelque chose.

Ma première analyse regardait la puissance maximale par heure. Elle désignait la phase A comme saturée, à 2 882 W, soit 96 % de sa capacité. Conclusion : ne plus rien y mettre.

C'était faux, et l'erreur tient à l'unité.

TRIPHASÉ · POINTE DE COURANT SUR 30 JOURS En ampères, tout s'inverse. 13,5 A Phase A Baie, lave-vaisselle heures > 14 A : 0 h 26,7 A Phase B Chauffe-eau heures > 14 A : 28 h 24,8 A Phase C Lave-linge heures > 14 A : 18 h seuil 14 A La phase A — celle que les watts désignaient comme saturée — est la seule sous le seuil.

En courant sur trente jours, la phase A plafonne à 13,5 ampères et ne dépasse jamais quatorze. La phase B monte à 26,7 et la phase C à 24,8, avec vingt-huit et dix-huit heures passées au-dessus du seuil.

Les pointes de B et C sont plus brèves, donc elles passaient sous le radar d'un maximum horaire exprimé en watts. La phase que je croyais saturée est la plus libre de l'installation. C'est exactement là qu'il faut ajouter une charge.

Un détail m'a amusé dans cette analyse. Mon lave-vaisselle n'est mesuré par rien, et il a pourtant été identifié sans ambiguïté par sa seule signature électrique : deux plateaux résistifs de 2 400 à 2 900 W espacés d'exactement deux heures, presque tous les jours, environ 780 Wh par cycle. C'est le seul gros poste non compté de sa phase. Personne ne l'a cherché.

Ce que la maison ne décide toujours pas

Il faut finir par l'aveu. Le pilotage automatique des volets est encore sur arrêt.

Le modèle existe, les six cibles se calculent en continu, et je peux les lire à tout moment. Mais l'interrupteur qui autorise les volets à bouger seuls n'a jamais été armé. La raison est simple : j'ai voulu regarder les cibles pendant une saison complète avant de laisser la maison fermer des volets sans me demander mon avis.

Deux autres décisions sont restées du côté humain, et le modèle les a confortées plutôt que remplacées.

Le cellier n'a pas de volet. Sa grande fenêtre est simplement ombragée par un drap tendu dehors, ce qui ressemble à du bricolage. Trente jours de mesures disent que le drap suffit : le cellier est plus frais que la cuisine à vingt et une heures tous les jours sans exception. Je n'achèterai pas de store extérieur.

Et la toiture, en pans est-sud-est et ouest-nord-ouest, correspond à une configuration est-ouest : environ 80 à 85 % du productible d'un plein sud, avec une courbe plus étalée sur la journée. C'est plutôt favorable à de l'autoconsommation. C'est noté, ce n'est pas décidé.

Ce que j'en retiens

  • Chercher la cause avant de régler l'actionneur. Un volet ne traite que l'apport solaire. Une mesure de nuit suffit à savoir s'il est en cause.
  • Le plan d'abord, les données ensuite. J'ai fait l'inverse, et la corrélation a cherché des façades que le cadastre donnait déjà. Le reste se règle sur place, à l'œil.
  • Lire une mesure dans l'unité de son seuil, au pas le plus fin. Chaque agrégation ajoutée en chemin peut effacer la pointe qu'on cherche.

C'est le dernier épisode de cette série. Elle aura tenu en une phrase : ma maison n'est pas devenue intelligente, elle est devenue modifiable.

À télécharger

Les deux briques réutilisables de cet épisode.

  • soleil-facade.yaml — un capteur par façade, qui dit si le soleil est réellement dessus. Trois nombres à régler, tous commentés.
  • blueprint-vitesse-selon-temperature.yaml — le barème qui traduit une température en vitesse de 0 à 6. Il écrit un nombre et ne commande rien lui-même, pour que le matériel puisse changer sans toucher au barème.
  • LISEZMOI.md — l'installation, la méthode de réglage du masque d'horizon par observation, et le calcul d'écart d'azimut décrit sans Home Assistant.

Lire la série : Dix ans de domotique tout seul, un an avec un agent — l'inventaire de l'installation et la mesure de ce qui a changé. L'IA n'a pas automatisé ma maison — pourquoi le gain se mesure sur les chantiers qu'on ne commençait pas. J'ai changé le calendrier du soir trois fois en une semaine — la maison qui porte le rythme de la journée. J'ai enlevé les choix — treize annonces vocales, et pourquoi le problème n'était pas le son.